
Drone & capture
Street View : ce que Google a fermé, et ce qu’il a laissé ouvert
L’application est partie en 2023, le programme photographe en 2024, l’interface de publication est restée. Ce que ces trois dates changent pour un télépilote.
La visite est livrée, le client l’a validée, tout le monde est content. Et puis vient la phrase, presque toujours la même : « et sur Google Maps, on y sera aussi ? »
Il y a cinq ans, la réponse tenait en deux minutes et une application gratuite. Aujourd’hui elle demande un quart d’heure d’explications, parce que Google a démonté l’essentiel de son appareillage de contribution entre 2022 et 2024 sans jamais vraiment l’annoncer. Voici ce qui a fermé, ce qui est resté, et pourquoi cette disparition est plutôt une bonne nouvelle pour ceux qui vendent la prestation.
Trois dates, et ce qu’elles racontent
Le démontage s’est fait en trois temps, sur deux ans. Chacun a l’air anodin isolément ; mis bout à bout, ils changent le métier.
Le 1er novembre 2022, Google annonce l’arrêt de son application Street View. Elle disparaît des magasins le 21 mars 2023, emportant avec elle les Photo Paths et, surtout, le geste que tout le monde connaissait : importer une photo sphérique depuis son téléphone, en trois taps.
Le 31 décembre 2024, c’est au tour du programme Street View Trusted de fermer. Le badge, les supports de communication, le support dédié et l’annuaire des photographes agréés sont retirés. Les visites déjà publiées continuent de fonctionner, mais plus personne ne peut se réclamer d’une accréditation Google : elle n’existe plus.
Entre les deux, rien n’a été retiré côté technique. L’interface de publication de Google est toujours là, documentée, active. Elle n’évolue plus beaucoup, mais elle fonctionne.
Ce que Google a gardé : une interface, pas un produit
La contribution n’a pas été fermée, elle a été déplacée vers les professionnels de la route. C’est visible dès la page où Google invite à contribuer : les appareils qu’il recommande se montent sur un véhicule ou sur un casque, et l’outil qu’il met en avant, Street View Studio, est documenté pour les vidéos 360.
La logique se tient. Ce que Google veut, c’est de la couverture de voirie : des kilomètres continus, des trajets, des images qui se suivent. Une vidéo tournée au pare-brise en produit mille par heure. Un panorama isolé n’en produit qu’un.
Le résultat, c’est que les deux chemins officiels qui restent sont bâtis pour deux extrêmes : l’application Google Maps pour une photo prise au téléphone, Studio pour un trajet filmé. Entre les deux, il y a exactement ce que fait un télépilote : douze sphères éparses, choisies, prises à quarante mètres. Et pour ce cas-là, Google n’a rien.
L’aérien est un angle mort, et c’est une place à prendre
Rien n’interdit de publier une photo prise par drone : les règles de contribution ne réservent pas les 360 aux prises de vue au sol, ce sont les mêmes exigences de format et la même charte de contenu. Simplement, tout l’outillage suppose que vous êtes dans la rue.
C’est visible dans les détails de l’interface. Deux exemples que nous avons rencontrés en construisant notre propre publication, et qui ne sont écrits nulle part.
Le premier : le cap ne se transmet pas par l’interface au moment de l’envoi. La création d’une photo ignore le champ d’orientation ; le seul canal qui fonctionne est le bloc de métadonnées de la sphère, à l’intérieur du fichier envoyé. Autrement dit, si votre panorama sort d’un assemblage qui a perdu ses métadonnées, il arrivera chez Google orienté au hasard, et aucun réglage à l’import ne le rattrapera. Il redevient corrigeable ensuite, mais il faut savoir qu’il faut le corriger.
Le second : l’altitude. Nous avons choisi de ne pas l’envoyer du tout.
Altitude transmise à Google avec nos panoramas
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L’EXIF des drones mélange altitude absolue et altitude relative au point de décollage selon les constructeurs, et parfois selon les firmwares. Une valeur fausse est pire qu’une valeur absente : elle place la photo dans une couche où personne ne la cherche. Nous préférons ne rien dire.
Ce genre de détail ne se trouve dans aucun tutoriel, parce qu’aucun tutoriel n’a été écrit pour le drone. Les guides disponibles, français comme anglais, sont des adaptations de guides au trépied - jusqu’au conseil de coller un logo sur le trou du bas, alors qu’en aérien c’est le zénith qui troue.
Ce que ça change pour un devis
Ce qui était gratuit et évident est devenu du travail. Le travail se facture.
Tant que l’application existait, la publication sur la carte n’avait aucune valeur commerciale : le client pouvait la faire lui-même en attendant son café. Depuis 2023, la faire proprement pour une captation entière suppose de connaître les contraintes de format, de vérifier le cap de chaque sphère, de choisir la bonne fiche d’établissement et de savoir quoi répondre quand une image est refusée.
Une précaution, tout de même, et elle est importante : ne promettez rien. La modération de Google est asynchrone, opaque et sans appel. Elle peut refuser sans motif, et retirer une photo des mois après l’avoir acceptée. Un délai promis est une réclamation programmée, et un gain de référencement chiffré est une promesse qu’aucun de nous ne peut tenir.
Ce qui se dit sans risque tient en une ligne : les panoramas sont soumis à Google, et quand ils passent, ils sont sur la fiche du lieu.
Ce que nous en avons fait
Nous avons ajouté la publication à la plateforme fin août 2026, et le cadrage tient en une phrase : votre visite chez vous, vos panoramas sur la carte.
Concrètement, les vues d’une visite virtuelle aérienne portent déjà leurs coordonnées et leur cap, extraits à l’import et corrigeables à la souris. Un bouton envoie celles qui sont prêtes, sous le compte Google de l’espace ; les liens de navigation de la visite deviennent les flèches chez Google ; et dépublier depuis l’application efface réellement la photo là-bas. Le reste - les fiches métier, le plan interactif, le bouton de réservation, les statistiques - ne part pas et n’a pas à partir.
Ce qui part, d’ailleurs, est le master brut : pas de logo au nadir, pas de retouche. Sur la carte, un panorama est un document. C’est chez vous qu’il a le droit d’être une vitrine.
La disparition du chemin facile a fait deux choses en même temps : elle a rendu la publication plus laborieuse, et elle a rendu ceux qui savent la faire plus utiles. Si vous voulez le détail des trois chemins qui restent et de ce que chacun exige, il est dans le guide de la publication sur Google Maps ; si vous voulez voir à quoi ça ressemble depuis la visite, c’est par ici.
Développeur et télépilote de drone. Construit Moorea au sein d’Elvn Studio.
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